Le visage double d’un entrepreneur hors normes
Oussama Ammar fascine autant qu’il divise. Icône du milieu des start-up avec sa verve et son charisme, ce Franco-Libanais s’est fait connaître comme cofondateur de The Family, un accélérateur qui a marqué l’écosystème tech européen. Mais derrière le storytelling flamboyant, les polémiques s’accumulent. Enquête sur un parcours qui oscille entre coups d’éclat, dérives financières et réinvention dans le Web3.
Une enfance marquée par l’instabilité… et une vocation précoce
Né à Beyrouth en 1986, Oussama Ammar grandit dans un contexte difficile. Après un passage en République démocratique du Congo, il arrive en France avec sa mère, femme de ménage. À 12 ans, il crée un site web pour l’employeur de cette dernière. Une première expérience qui bouleverse son destin.
Adolescent, il fonde Sekalok, une entreprise de développement web immatriculée en Uruguay – un choix judicieux pour contourner les limites juridiques liées à son âge. Il revend un site d’antiquités pour 8 000 euros à 15 ans, puis une entreprise valorisée à 150 000 euros. La success story semble lancée.
L’avènement de The Family : rêve entrepreneurial européen
En 2012, Oussama Ammar cofonde The Family aux côtés d’Alice Zagury et Nicolas Colin. L’ambition est claire : injecter une mentalité « Silicon Valley » dans la scène tech européenne. Le concept ? Proposer un accompagnement global aux start-up en échange d’une prise de participation dans leur capital.
Objectifs de The Family :
| Mission principale | Cible | Modèle économique |
|---|---|---|
| Éduquer, financer et structurer l’écosystème start-up | Entrepreneurs européens | Accélération contre equity (parts du capital) |
Durant près d’une décennie, The Family devient une marque puissante, entre conférences visionnaires, investissements inspirants… et communication millimétrée.
Le grand départ : entre annonce LinkedIn et réalités judiciaires
En 2021, Ammar annonce son retrait de The Family dans un message sobre. Officiellement, il souhaite se consacrer au Web3 et à la création de contenus. Officieusement, une tempête gronde.
En cause :
- Soupçons de détournement de fonds : plus de 3 millions d’euros auraient été transférés vers des entités personnelles.
- Procédures judiciaires : The Family engage une action en justice et un audit financier mené par PwC.
- Refus de transparence : Ammar ne fournit pas les documents demandés.
Affaire judiciaire : une bataille à plusieurs niveaux
L’entreprise accuse Ammar d’avoir profité de sa position pour détourner des fonds initialement destinés à des start-up américaines. L’affaire est aggravée par son départ à Dubaï et l’utilisation de holdings situées à Hong Kong, rendant les actions judiciaires complexes.
🧾 Citation clé d’un ancien associé : « Ce n’est pas une démission, c’est une mise à l’écart. »
Un audit indépendant et une demande de gel de ses actifs viennent compléter le dispositif judiciaire mis en place par ses ex-partenaires.
Réponse d’Oussama Ammar : un contre-récit
Face à ces accusations, Ammar se défend sur LinkedIn, dénonçant un règlement de comptes personnel. Il affirme n’avoir jamais été rémunéré à hauteur de ses apports récents et rejette l’idée d’un procès médiatique.
Selon lui, plusieurs tentatives de médiation ont échoué. Il se dit prêt à coopérer avec la justice, mais refuse d’alimenter les polémiques.
Réputation digitale : entre influence, moqueries et storytelling
Présent sur TikTok, YouTube et LinkedIn, Ammar cultive une image d’entrepreneur inspirant, parfois fantasque. Ses vidéos, où il évoque des anecdotes invraisemblables – comme celle d’un vice-président d’Apple rencontré à 12 ans – font le buzz, entre fascination et scepticisme.
🎥 Exemple viral : « Mon super-pouvoir, c’est de résoudre mes problèmes en pensant à une célébrité avant de dormir. »
La frontière entre inspiration et exagération devient floue, suscitant aussi bien des fans que des critiques virulents.
La crypto, nouveau terrain de jeu d’Ammar
Depuis 2020, Ammar s’est réinventé autour des crypto-actifs. Il annonce la création de « Le Labyrinthe », un hedge fund algorithmique dédié aux cryptomonnaies, et relance une communauté entrepreneuriale francophone.
Projets annoncés :
| Nom | Objectif | Public cible |
|---|---|---|
| Le Labyrinthe | Investissement crypto neutre | Investisseurs avertis |
| Better Call Ouss | Hotline entrepreneuriale (300 €/30 min) | Porteurs de projets |
| Chaine YouTube | Cuisine, Web3, lifestyle | Audience générale |
Il affirme avoir perdu 95 % de sa première position crypto, mais considère cette perte comme une leçon de résilience.
Quelle fortune pour Oussama Ammar aujourd’hui ?
Difficile d’estimer précisément la richesse d’Oussama Ammar. Ses sources de revenus sont variées : investissements passés, conférences, coaching premium, contenus numériques… Il capitalise sur sa notoriété pour monétiser son image.
Revenus estimés :
| Source | Montant indicatif |
|---|---|
| Coaching (Better Call Ouss) | 300 € par session |
| Formations en ligne (avec Yomi Denzel) | Non communiqué |
| Interventions/conférences | 5 000 à 20 000 € par événement |
| Investissements (start-up et crypto) | Fluctuant, non vérifiable |
Analyse : Oussama Ammar, un cas d’école à double lecture
Oussama Ammar illustre bien la complexité de certaines figures de la tech : visionnaire pour les uns, manipulateur pour les autres. Son parcours soulève des questions sur :
- la transparence dans les accélérateurs,
- la responsabilité des cofondateurs,
- le culte de la personnalité dans les milieux start-up.
Conclusion : icône déchue ou stratège en pleine mutation ?
Est-il un génie mal compris ou un conteur hors-sol ? Une chose est sûre : Oussama Ammar continue de faire parler de lui, entre fascination et rejet. Son avenir dépendra autant de la justice que de sa capacité à se réinventer… encore une fois.


